Des expériences de démocratie directe en Bolivie à la nouvelle place des intellectuels, de Mai 68 aux Brigades Rouges, Antonio Negri revient sur les transformations et les ruptures qui ont traversé les mouvements sociaux depuis les années 1970, ainsi que sur le rôle qu’il y a joué, notamment en tant que chef de l’Autonomie.
STEFFEN VOGEL :Vued’ailleurs, l’Italie donne souvent l’impression d’être aujourd’hui un pays où il y a des mouvements sociaux très forts. Est-ce que ces mouvements ont réussi à engendrer un débat dans la société ?
ANTONIO NEGRI: Les mouvements sont depuis quelques années de nouveau très forts, ils ont réussi à relancer des espaces de discussion sociale et politique en leur sein. Le problème, c’est qu’ils n’arrivent pas – ou ne veulent pas – étendre ce débat à l’ensemble de la société. C’est quelque chose qui reste interne aux « mouvements ». Du coup, la désaffection du reste de la société par rapport au politique est de plus en plus violente : le « non » au politique est extrêmement fort. Ce « non » là est dangereux, c’est la porte ouverte à ce que les Italiens appellent le «
qualunquismo », la pensée de monsieur-tout-le-monde, le poujadisme, le règne des préjugés et des égoïsmes. Il faut travailler à étendre les mouvements.
Q : Vous voulez dire que les militants restent trop entre eux ?
AN : Cela dépend. Le socialisme est né comme cela au milieu du xixe siècle, cela ne l’a pas empêché de devenir de plus en plus social. L’important, c’est de construire les bases démocratiques et communistes d’une nouvelle société. Il n’y a pas à imaginer de longue marche à travers les institutions – juste une capacité à exercer à nouveau le pouvoir constituant. Or, aujourd’hui, on a parfois l’impression [...]
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