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Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle
à propos de Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte
Par Pierre Rousset 
Dans Les Bannières de la révolte, à travers un récit centré sur la figure de José Rizal, romancier et père de l’indépendance des Philippines, l’historien britannique Benedict Anderson s’efforce de reconstituer l’émergence, à la fin du XIXe siècle, d’une « internationale » anarchiste et anticoloniale, d’une sorte de première altermondialisation intellectuelle et politique. Pierre Rousset se saisit de l’occasion que représente la traduction de ce livre (paru initialement en Grande-Bretagne sous le titre Under Three Flags) pour en montrer l’importance, mais aussi pour signaler les limites de l’approche mise en oeuvre et pour s’interroger sur ses liens avec l’ouvrage fondamental de Benedict Anderson, L’Imaginaire national.

Les éditions La Découverte nous offrent une traduction bienvenue d’un ouvrage de l’historien britannique Benedict Anderson, initialement publié par Verso en 2005 sous le titre Under the Three Flags. Anarchism and the Anticolonial Imagination. Le récit a pour cadre la « première mondialisation » (intellectuelle) qui, avec l’invention du télégraphe et le développement des paquebots, permit la coordination des réseaux militants anticoloniaux. Il se concentre sur cette fin du XIXe siècle où « la dernière insurrection du Nouveau Monde », à Cuba en 1895, « coïncide » avec « la première en Asie », aux Philippines en 1896 (p. 8). En ciblant les milieux anarchistes – avant tout en Europe – et nationalistes – avant tout dans les dernières colonies espagnoles –, il étudie les « rhizomes » du « vaste réseau » mondial liant les uns aux autres. Il s’attache pour ce faire à l’itinéraire de personnalités engagées et polyglottes, souvent expatriées. Dans « leur rôle de nomades », ces hommes (il y a bien peu de femmes) sont, selon une formule d’Anderson, « les acteurs principaux » du livre (p. 10-11).

L’auteur joue sur plusieurs cordes – analyse littéraire, biographie, récit historique, fresque politique – pour mieux nous inviter à suivre les cheminements de la radicalité entre métropoles européennes, Caraïbes et Amériques, Asie du Sud-Est et du Nord-Est. Comment les idées circulent-elles et comment l’imaginaire national s’est-il formé chez des peuples colonisés dans un monde où s’aiguisent les conflits de puissances et sourdent les prémisses de la Grande Guerre ? Quelles interactions entre le soulèvement des Boers en Afrique du Sud contre l’Empire britannique, de José Marti à Cuba et d’Andrés Bonifacio aux Philippines contre l’Empire espagnol ? Quelles résonances entre cercles artistiques, universitaires ou littéraires, entre mouvances anarchistes ou républicaines, entre renouvellement du discours anticolonial et affirmation de l’anti-impérialisme ?

L’auteur ne tente pas de répondre directement à ces questions. Il retrace, pour ce faire, l’itinéraire géopolitique d’anarchistes que l’on retrouve à Paris (Louise Michel, Joris-Karl Huysmans, Félix Fénéon, ce « brillant critique d’art et de théâtre», Georges Clémenceau…) ou à Barcelone, et de patriotes cubains comme José Marti et Tarrida del Marmol, « illustre anarchiste d’origine créole». Mais ce sont principalement trois Philippins qui occupent le devant de la scène : José Rizal, le « romancier de génie», médecin et linguiste, Isabelo de los Reyes, « pionnier de l’anthropologie», et Mariano Ponce, l’« organisateur». Plus en retrait, d’autres personnalités nationalistes apparaissent au détour des pages, telles Marcelo Del Pilar, qui longtemps plaça ses espoirs dans l’assimilation, Andrés Bonifacio, fondateur du mouvement révolutionnaire Katipunan, Emilio Aguinaldo, qui plus d’une fois se vendit et assassinat ses rivaux, ou Apolinario Mabini, resté fidèle à la révolution. Construit autour de portraits, de romans et de voyages, le récit gagne en couleurs, mais il prend parfois des allures de labyrinthe où le lecteur doit savoir renouer les fils d’une pensée directrice.



Benedict Anderson apporte sa pierre aux études sur José Rizal, « héros national », via, notamment, les intuitions que suscite pour lui la lecture inquisitrice de ses deux grands romans, Noli me tangere (1887) et El Filibusterismo (1891), traités en abondance dans ce livre. Mais il donne aussi leur place à des « personnalités oubliées» de la lutte révolutionnaire, en particulier à la figure fort originale d’Isabelo de los Reyes : seul véritable provincial de langue ilocano parmi l’élite éduquée des ilustrados (« lettrés », souvent issus des propriétaires terriens), néanmoins internationalisé, il est aussi le seul à s’intéresser passionnément aux peuples montagnards résistant à l’hispanisation, se décrivant lui-même comme « frère des gens des forêts, les Aeta, les Igorots et les Tinguians» (p. 25) – ce qui ne l’empêchera pas de fonder dans la capitale, au début du XXe siècle, les premiers syndicats ouvriers modernes.



Les Philippines, Asie latine



La trame géographique et historique tissée par Anderson se noue aux Philippines, et Les Bannières de la révolte éclaire la très grande originalité de cet archipel asiatique conquis dès le XVIe siècle par l’Espagne et longtemps rattaché au royaume du Mexique via le commerce des galions. Pour un lecteur français, notamment, c’est bien l’un des aspects les plus enrichissants du livre. L’originalité du pays s’affirme au sein de l’Empire espagnol d’abord : il n’a connu ni une importante colonisation de peuplement européen, à la différence de l’Amérique latine, ni l’esclavage, comme à Cuba. Mais elle s’affirme aussi et surtout dans sa propre région. Après plus de trois siècles d’hispanisation (sauf dans le Sud musulman et pour certaines populations montagnardes), sa culture et ses structures sociales l’apparentent par bien des aspects aux anciennes colonies espagnoles d’outre-Pacifique. Les Philippines sont véritablement l’Asie latine, une situation si exceptionnelle que l’identification des nationalistes avec les civilisations environnantes ne pouvait pas aller de soi. Le Japon représente certes un univers à part, y compris pour nombre d’Asiatiques, mais le choc éprouvé par Mariano Ponce quand il s’y rend en 1898 n’en est pas moins révélateur. Il écrit ainsi à un ami : je m’y « débarrasse de toutes mes conceptions européennes [sic] ;c’est un monde inconnu qui se révèle à moi, exotique et étranger» (p. 232). Cette spécificité philippine a été encore accentuée par le passage du pays sous domination états-unienne durant la première moitié du XXe siècle.



Les Philippines ont été très tôt un point d’appui du capitalisme marchand et du commerce mondial, entre la Chine et le Mexique notamment. Mais pendant longtemps, la métropole n’a que marginalement « mis en valeur » les ressources de sa colonie. D’autres puissances, comme les Britanniques, en ont profité pour asseoir temporairement leur influence dans certaines îles. Surtout, l’Église catholique, n’ayant aucun rival laïc de poids, a assuré sa mainmise économique et politique à un degré rarement égalé, incarnant sous des formes brutales la réaction sociale et coloniale. Benedict Anderson montre combien « le pouvoir des Ordres faisait la particularité des Philippines», eux dont la « mainmise perdura jusqu’à la chute de l’Empire dans le pays en 1898» (p. 99). Luttes populaires et nationales ont souvent pris pour cibles premières les religieux espagnols – à commencer par les dominicains, les franciscains et les augustins.



À la fin du XIXe siècle, les hiérarchies « raciales », ou identitaires, et socio-économiques historiquement structurées par la colonisation se superposaient encore aux Philippines avec, de haut en bas, les péninsulaires (Espagnols de la métropole, de passage), Créoles (Espagnols nés dans la colonie), métis espagnols, métis chinois (beaucoup plus nombreux), « Chinois », puis, tout en bas, Indios - « chacun occupant une strate sociale bien distincte» (p. 72). Par ailleurs, dans un archipel où les chaînes montagnardes isolent les vallées autant que l’océan sépare les îles, et où les populations parlent un grand nombre de langues, les identités régionales restaient très fortes. Ce qui explique que le terme de « Philippin » (Filipino) ait tout d’abord désigné les seuls Créoles. En revanche, ces appartenances particulières étaient ignorées des Espagnols de la métropole (quand ils n’ignoraient pas tout simplement l’existence de leur colonie asiatique). Les expatriés étaient en bloc appelés Filipinos bien avant que leurs compatriotes au pays ne se considèrent tels, à l’instar des Latinos appelés Americanos quels que soient leurs pays d’origine. Ce qui conduit Anderson à « avancer l’idée que le nationalisme philippin n’est pas né aux Philippines mais dans les grandes villes d’Espagne» (p. 74).



Benedict Anderson enquête sur la naissance de l’imaginaire nationaliste à travers les écrits – en particulier les romans et les échanges de courrier – des expatriés. Ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes de méthode sur lesquels nous reviendrons. En effet, la grande majorité de la population philippine était de culture orale ; elle ne voyageait pas – à la différence d’aujourd’hui où le pays compte près de 10 millions de travailleurs émigrés – et ne comprenait pas l’espagnol : celui-ci n’était parlé que par 3 % des Indios. L’angle de vision du livre devient ainsi celui des ilustrados dans un pays où la fracture linguistique était (et reste) un obstacle difficile à surmonter dans les milieux progressistes. L’auteur mentionne certes l’importance de cette fracture, en particulier quand il parle d’Isabelo de los Reyes qui considérait le folklore comme une science dont le but était de « reconstruire le passé indigène» non colonial – dans un archipel où ce passé n’a laissé ni trace écrite ni trace monumentale, et où l’Église s’est acharnée à l’oblitérer –, ainsi que d’accéder au « savoir local», populaire, contemporain (p. 22-23). Mais Anderson ne s’y attarde pas plus, et c’est l’une des grandes faiblesses de l’ouvrage.



Pour les ilustrados philippins, à l’heure d’un internationalisme encore polyglotte (José Rizal maîtrisait plus d’une vingtaine langues), le castillan était avec d’autres (l’anglais, l’allemand, parfois le français) un médium international qui permettait aussi d’accéder à la culture écrite et occidentale.Comme le souligne Anderson, cette particularité – que les Philippines ne partageaient dans l’Empire hispanique qu’avec le Paraguay – a une nouvelle fois pour origine le poids inhabituel des Ordres religieux. Étant « seuls à pouvoir communiquer avec les autochtones dans leur langue natale», ils se trouvaient « investis d’un pouvoir considérable par rapport aux séculiers. Forts de cette supériorité, les Frères s’opposèrent obstinément à la propagation de l’espagnol dans le pays» (p. 98).



La question linguistique était d’autant plus complexe pour les militants anticoloniaux que toutes les grandes langues philippines – ilocano, tagalog, cebuano – sont minoritaires. Si un tagalog « moyen » s’est finalement imposé comme « philippin », sans supplanter pour autant les autres idiomes, c’est qu’il est utilisé dans la région de la capitale et, récemment, qu’il a été diffusé par la télévision. La « fracture linguistique » est restée vive au XXe siècle. Pour beaucoup d’intellectuels engagés aux côtés des luttes populaires, l’expression littéraire exigeait (et peut encore exiger) l’usage de l’anglais, comme hier de l’espagnol. Le grand romancier progressiste des années de lutte contre la dictature Marcos (1972-1986), Francisco Sionil José, en a douloureusement témoigné. Bien que « né dans un village ravagé par la misère» et envoyé comme domestique à l’âge de treize ans chez un oncle de Manille, il a eu la chance de poursuivre des études. Il décrit les paradoxes propres à sa génération d’écrivains engagés : « L’ilokano – mon parler maternel – est une langue belle et précise, mais je ne peux en vivre comme moyen d’écriture. L’histoire en a décidé pour moi. Si, aujourd’hui, je n’écrivais en anglais, ce serait très probablement en japonais.[...]Je me console de la perte de ma propre langue en me disant que Rizal écrivait bien en espagnol, que ce n’est pas la langue qui signe l’engagement d’un homme aux côtés de son peuple, mais les idées qu’il exprime avec elle. Je sais aussi que la langue, ce n’est pas seulement des mots : elle véhicule tout un bagage culturel ; de plus, elle me crucifie – quel que soit mon amour pour cette langue que j’utilise aujourd’hui – à l’aide du savoir que j’ai de mon passé colonial. »



En s’attachant à la vie des « nomades » expatriés, Anderson dépeint l’implication des émigrés dans la vie culturelle et politique européenne et leur participation active à la mondialisation intellectuelle de l’époque, tant dans le domaine littéraire (avec la portée internationale de l’oeuvre de José Rizal) que scientifique (avec les échanges entre Isabelo de los Reyes et ses « collègues » anthropologues occidentaux). Cette ouverture au monde est à l’exact opposé du repli sur soi de l’émigration politique lié, un siècle plus tard, à un parti communiste des Philippines obsédé par le « danger » de la contamination idéologique.



Anarchisme et internationalisme



Dans ce contexte, la rencontre des expatriés philippins avec les anarchistes européens constitue elle aussi un fil directeur des Bannières de la révolte. Elle contribue à donner son unité à l’ouvrage. La fin du XIXe siècle vit en effet « la montée de l’anarchisme international», s’affirmant pour l’auteur comme « le principal véhicule d’opposition au capitalisme international, à l’absolutisme, à l’esclavage et à l’impérialisme» (p. 64). Les organisations et publications libertaires foisonnaient. Les assassinats et tentatives d’assassinats d’hommes d’État se multipliaient (plus d’une douzaine entre 1894 et 1914), ainsi que les attentats à la bombe (en Russie, Espagne, France…), parfois aveugles, mais généralement ciblés contre des tortionnaires et agents de la répression ou contre des lieux d’exploitation comme les usines. « La théorie anarchiste, note Benedict Anderson, avait moins de mépris pour les paysans et le travailleur des champs que la pensée marxiste en général, et son anticléricalisme était peut-être encore plus viscéral» (p. 83). Coïncidence, c’était en Espagne que se rendaient avant tout les Philippins, et c’était aussi là, singulièrement en Catalogne, que le mouvement anarchiste était le mieux enraciné. Nos nationalistes anticoloniaux côtoyèrent donc les anarchistes jusque dans les bagnes et l’infâme forteresse catalane de Montjuïc, célèbre pour les tortures infligées aux détenus.



Le panorama de la constellation libertaire dressé par Benedict Anderson est saisissant. Cependant, il ne répond pas pleinement à l’ambition affichée en introduction. Ce livre « d’astronomie politique», note en effet l’auteur, « tente de cartographier l’anarchisme et la force de gravitation qu’il exerça sur les nationalismes militants aux quatre coins de la planète.» (p. 8). Malheureusement, s’il note bien que la référence anarchiste recouvrait « divers courants de pensée s’affrontant sur les buts et les méthodes du mouvement» (p. 82), il n’en dit pas beaucoup plus à ce sujet. On reste ainsi sur sa faim ; la « cartographie » ne va pas au-delà de l’esquisse. Si Benedict Anderson a une lecture engagée de l’histoire, vigoureusement anticoloniale, anti-impérialiste et anticléricale, et s’il manifeste dans ce livre une empathie manifeste envers l’anarchisme, les questions d’orientation politique ne semblent pas le passionner outre mesure !



De même, si l’influence anarchiste s’avère très sensible dans divers pays asiatiques au début du XXe siècle, il reste difficile, à la lecture des Bannières de la révolte, de définir son impact politique durable, au-delà d’une radicalité contestataire et d’une aspiration anti-hiérarchique affirmée. Quelle était la réalité de son enracinement asiatique ? Pourquoi était-il plus réel en Chine qu’au Vietnam ? L’anarchisme a-t-il véritablement pénétré les Philippines au-delà de quelques rapprochements nominaux (comme le nom des premiers syndicats) avant que ne s’imposent les références socialistes et marxistes ? Ces questions ne trouvent pas de réponses ici.



L’imaginaire national



Né en Chine en 1936 d’un père anglo-irlandais et d’une mère anglaise, professeur émérite à l’université de Cornell aux États-Unis, spécialiste des relations internationales et de l’Asie, Benedict Anderson est très connu dans le monde anglo-saxon (beaucoup moins en France) pour ses « perspectives » asiatiques sur l’histoire mondiale et son approche originale de la question nationale. Dans son ouvrage de référence L’Imaginaire national,Anderson reconnaît volontiers l’importance des facteurs « objectifs » dans la constitution des nations, mais il se demande pourquoi un processus historique fort récent est perçu comme très ancien par les « imaginaires nationaux ». Pour répondre à cette question, il traite du nationalisme en considérant qu’il « appartient au même ordre de phénomènes que la « parenté » ou la « religion », plutôt qu’à celui du « libéralisme » ou du « fascisme »». Dans un « esprit anthropologique», il propose donc « de la nation la définition suivante : une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine. »



Pour Anderson, ce qui « de manière positive» a « rendu les nouvelles communautés[nationales]imaginables», c’est « l’interaction» entre le développement du capitalisme et de l’imprimé, et la « fatalité de la diversité linguistique». Le capitalisme crée des « champs d’échanges et de communication unifiés». L’imprimé formalise une langue écrite qui permet à des populations aux idiomes proches de se comprendre, de « former un embryon de communauté nationale imaginée» et de se forger une « image d’ancienneté» en « fixant » cette langue. Le tout a « créé les conditions de la nation moderne. » De son analyse de l’Amérique latine, il conclut que « ni les intérêts économiques, ni le libéralisme ou les Lumières» ne créèrent «d’eux-mêmes le type ou la forme de communauté imaginée». Ce furent les « pèlerinages des fonctionnaires créoles et les presses des imprimeurs créoles qui jouèrent un rôle historique décisif dans l’accomplissement de cette tâche. »



L’ouvrage maître de Benedict Anderson a fait se froncer plus d’un sourcil marxiste – même chez ceux qui apprécient la richesse de son érudition et de ses intuitions –, ne serait-ce que parce que l’auteur esquive trop de questions et s’engage parfois dans des généralisations aléatoires. Les « postmodernistes » antimarxistes se sont approprié L’Imaginaire national – pour une part abusivement –, ce qui a contribué à son renom. Anderson centre l’attention sur des terrains peu travaillés dans la tradition marxiste, comme la formation de consciences collectives qui ne sont pas « de classe » ; comparer la fonction des idéologies nationalistes modernes à celle des religions s’avère stimulant. Sa démarche reste, au sens fort, historique, ce qui lui vaut d’être attaqué par les courants « primordialistes » ou « essentialistes » pour qui la nation remonte si loin dans le temps qu’elle est souvent traitée comme un « invariant » échappant à l’histoire.



Historiographie, élites et mouvements populaires



Les Bannières de la révolte sont-elles une mise en oeuvre concrète des conceptions introduites dans L’Imaginaire national? C’est ce que laisse entendre Verso, l’éditeur anglais de Benedict Anderson, qui écrit dans la présentation des Bannières qu’elles constituent « une redistribution[recasting]radicale» des « thèmes» contenus dans cet ouvrage fondateur. Si la chose est vraie, l’exercice montre autant les limites que la richesse de l’apport d’Anderson. Il ne s’agit pas de reprendre ici les débats de fond suscités par L’Imaginaire national, mais de se demander dans quelle mesure les Bannières aident à comprendre la naissance du mouvement national aux Philippines. La démarche de l’auteur lui permet de présenter mieux qu’il n’est habituel les interactions internationales et la circulation mondiale des idées qui ont présidé à la formation de l’intelligentsia anticoloniale. Mais elle débouche aussi sur un paradoxe saisissant : l’ouvrage d’Anderson, historien de gauche qui revendique une filiation marxiste (et aussi « postmoderniste » avant l’heure), ne mentionne qu’à peine les mouvements populaires qui ont porté la révolution anticoloniale et la résistance à la sanglante conquête états-unienne qui suivit la défaite espagnole de 1898.



Même si ses principaux ouvrages sur l’Asie traitent de l’Indonésie, Benedict Anderson est un fin connaisseur de l’histoire des Philippines, pays cher à son coeur. Il n’ignore pas les clivages sociaux qui divisent le mouvement national, et il y fait brièvement référence dans ses Bannières. Il note, par exemple, que « la trahison de la plupart desilustradoset des gens aisés du pays» était prévisible, et il souligne « l’importance des mouvements populaires dans l’avenir de la révolution» (p. 224). Il faut dire que le positionnement politique des figures les plus connues du nationalisme philippin nous offre une véritable leçon de choses, laissant penser que, parfois, le marxisme le plus vulgaire se suffit à lui-même ! Dans leur grande majorité, les ilustrados appartenaient aux élites (souvent métisses) et jugeaient le peuple inculte incapable de prendre son destin en main. Ils étaient tout naturellement portés au compromis – un compromis assimilationniste que Madrid ne fut jamais capable de leur proposer, ou un compromis comme celui qui fut proposé par Washington sous la forme d’une indépendance sous tutelle, octroyée en 1946 à l’issue d’une période coloniale. Chef d’un clan familial provincial, Emilio Aguinaldo incarne cette élite jusqu’à la caricature. José Rizal lui-même a, de sa prison, répudié les révolutionnaires du Katipunan – ce qui n’a pas empêché les Espagnols de l’exécuter pour l’exemple le 30 décembre 1896. En revanche, Andres Bonifacio, parlant mal l’espagnol, issu d’un milieu d’artisans manillais appauvris, a payé de sa vie son radicalisme. Apolinario Mabini, fils de paysans pauvres, refusa l’abdication et fut envoyé au bagne de Guam.



En concentrant l’attention sur l’internationale littéraire, la place du roman dans la diffusion des idées politiques et l’activité des expatriés, Benedict Anderson s’en tient au rôle de l’intelligentsia dans la formation (ou la formalisation) de la conscience nationale. Vu la faiblesse de la colonisation de peuplement, cette intelligentsia partiellement métissée occupe dans le cas des Philippines la place dévolue, pour notre auteur, aux Créoles aux Amériques, en Afrique du Sud ou dans quelques pays d’Asie comme Taïwan (rappelons que « créole » se dit ici des personnes d’origine métropolitaines, mais nées dans la colonie). Dans quelle mesure et au prix de quelles transformations ces idées venues d’ailleurs ont-elles été absorbées par les Indios et les mouvements populaires ?



Le mouvement national philippin est en effet aussi l’héritier d’une longue et complexe tradition de révoltes populaires tout à la fois sociales et religieuses, portée par une culture orale. La rencontre entre les « nomades » internationaux et le petit peuple n’avait rien d’évident. Ainsi, José Rizal est médecin pour les ilustrados, mais guérisseur pour les Indios. Rationaliste et occidentalisé pour les premiers, il est l’objet pour les seconds – dans sa province du moins – d’un véritable culte, de son vivant déjà ; après son exécution, ces rizalistes attendront le retour du nouveau Christ. Plus « classiquement », les associations d’entraides, qui furent les précurseurs des syndicats, servirent en temps de répression de refuge à la revendication nationale alors que des schismes catholiques indigènes donnèrent vie aux cris des exploités. La révolution elle-même fut un vaste soulèvement social contre l’Église possédante et la propriété foncière, inséparables de l’ordre colonial. Le panorama décrit dans Les Bannières de la révolte n’inclut malheureusement pas cet écheveau d’idéologies et de luttes.



Les Bannières se placent certes résolument du côté des révoltés. Ce n’est de ce point de vue pas un récit conventionnel. Mais en organisant ce récit autour de la biographie d’individualités connues, en faisant à ce point l’impasse sur les mouvements, Benedict Anderson court le risque de retomber dans une historiographie bien traditionnelle où l’histoire est faite par les élites et se voit incarnée dans des « figures ».



L’ouvrage d’Anderson traite ainsi plus du « nationalisme d’exil » que des nationalismes populaires. Il ne s’agit pas d’une étude « exhaustive » de la formation d’une identité nationale dans une colonie où les identités régionales étaient par ailleurs très puissantes. L’auteur nous offre une poignée de pièces d’un vaste puzzle qui en comprend bien d’autres – mais en « reconsidérant l’économie-monde capitaliste de la fin du XIXe siècle, à partir de ses marges littéraires, politiques, esthétiques », il nous en donne de précieuses.



Les Bannières de la révolte comprend tant d’intrigues que le lecteur risque de s’y perdre, surtout si l’histoire des Philippines lui est trop étrangère. Mais, s’il parvient à trouver son chemin, il prendra un réel plaisir à lire un ouvrage érudit, foisonnant, pétillant d’idées, écrit dans un style narratif alerte et, cerise sur le gâteau, plein d’humour. 







Pierre Rousset
Pierre Rousset est associé à l'Institut international de recherche et d'éducation (Amsterdam), dont il a été directeur de 1982 à 1992, ainsi que membre du comité éditorial de l'International Encyclopedia of Revolution and Protest et animateur de www.europe-solidaire.org. Il est notamment l'auteur de Communisme et nationalisme vietnamien.
Pour citer cet article : Pierre Rousset, Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle, in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 18/05/2009, url:http:www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=340
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Sylvie Thénault - Les pieds-rouges, « gogos » de l’indépendance de l’Algérie ?

à propos de Catherine Simon, Algérie, les années pieds-rouges. Des rêves de l’indépendance au désenchantement (1962-1969)


Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

à propos de Arno Münster, Adorno. Une introduction


Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

à propos de Ivan Segré, Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ? et de La Réaction philosémite


Jérôme Vidal - Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

à propos de Walter Benn Michaels, La Diversité contre l’égalité


Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

à propos de Christian Prigent et Bénédicte Gorrillot, Christian Prigent, quatre temps


Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

à propos de Robert Browning, L’Anneau et le livre


David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

à propos de Frédéric Worms et Jean-Jacques Wunenburger (dir.), Bachelard, Bergson : Continuité et discontinuité et de Frédéric Worms, La Philosophie en France au xxe siècle : Moments


Studs Terkel - Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

Daniel Bensaïd - La traversée des décombres

à propos de Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

à propos de Joan Tronto, Un monde vulnérable. Pour une politique du care et de Collectif, Multitudes, n° 37-38


Studs Terkel - Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

à propos de Julie Duchatel et Florian Rochat (dir.), Produire de la richesse autrement. Usines récupérées, coopératives, micro-finance... les révolutions silencieuses et de Jenna Allard, Carl Davidson et Julie Matthaei (dir.), Solidarity Economy: Building Alternatives for People and Planet. Papers and Reports from the 2007 US Social Forum


Charlotte Nordmann - Écologie, écologie : l’écologie existe-t-elle ?

à propos d’André Gorz, Ecologica


Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, et d’Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


Iconographie - L'histoire du Quilt

The Names Project Foundation - The Quilt Aids Memorial


Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

entretien avec Jérôme Game


Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de Michael Lucey, Les Ratés de la famille. Balzac et les formes sociales de la sexualité


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste : vers une politique démocratique radicale


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux » L'onde de choc de la crise dans la théorie économique. Entretien avec Yves Citton

à propos de George A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits. How Human Psychology Drives the Economy, and Why it Matters for Global Capitalism


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux » Réanimer les esprits plutôt que relancer l'économie

à propos de George A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits. How Human Psychology Drives the Economy, and Why it Matters for Global Capitalism et de John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie


Pierre Macherey - Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de : Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki  - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset  - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de Christopher Newfield, Unmaking the Public University, de Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs, et de Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Entretien avec Bernard Paulré, Sophie Poirot-Delpech et Kamel Tafer


Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres,Cours au Collège de France, 1984


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de : Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991), trad. P.-E. Dauzat, André Versaille éditeur et Le Monde diplomatique, 2008.


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de : Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de l'oeuvre de Donna Haraway


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de Walter Lippmann, Le Public fantôme ; et de Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

entretien avec Alfredo Gomez-Müller et Gabriel Rockhill


Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de : Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de : Jérôme Vidal, «Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA», RiLi n°9


Iconographie (légende) -

éditorial - La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

à propos de Anne-Marie Mercier-Faivre et Chantal Thomas, L’Invention de la catastrophe au xviii e siècle.Du châtiment divin au désastre naturel, Christopher L. Miller, The French Atlantic Triangle. Literature and Culture of the Slave Trade, Frédéric Neyrat, Biopolitique des catastrophes, René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophismes. Administration du désastre et soumission durable et de François Walter, Catastrophes. Une histoire culturelle xvie-xxie siècle


Marielle Macé - La critique est un sport de combat

à propos de Pascale Casanova, La République mondiale des Lettres


Cornel West - Un prisonnier de l’espoir dans la nuit de l’empire américain

entretien avec Gabriel Rockhill


David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

à propos de Jann-Marc Rouillan, Chroniques carcérales (2004-2007)


Sandro Mezzadra - Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

à propos de Daniel Bensaïd, éloge de la politique profane et de Penser Agir


Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

À propos de Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux, Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine, Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Marc Saint-Upéry - Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

à propos de Quentin Meillassoux, Après la finitude. Essai sur la nécessité de la contingence


Grégory Hosteins - L’anthropologie sauvage

à propos de Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Marshal Sahlins, La Découverte du vrai sauvage et autres essais et de Lucienne Strivay, Enfants sauvages. Approches anthropologiques


Iconographie - Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Tour d’horizon de la bande dessinée indépendante


Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

entretien avec Yann Moulier Boutang et Jérôme Vidal


Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

Jan-Frederik Abbeloos - La Chine, dernière chance du capitalisme ?

à propos de Giovanni Arrighi, Adam Smith in Beijing. Lineages of the Twenty-first Century


André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de: L’Avénement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche » -

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de l’oeuvre de Marcel Gauchet


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Collectif - Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Financiarisation et crise des subprimes: cartographie des parutions récentes


Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Entretien réalisé par Raúl Dellatorre


Penser le contemporain (1): Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos d’Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

A propos de Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Kristin Ross, Nicolas Hatzfeld, Antoine Artous... - Mai 68 : le débat continue

A propos de l'article de Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

A propos de Xavier Vigna, L’insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

A propos de Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Maxime Cervulle - Où sont les folles ?

A propos de Jean-Yves Le Talec, Folles de France. Repenser l’homosexualité masculine


Elvan Zabunyan - La conscience féministe noire, ou la radicalité d’une pensée contemporaine

A propos d’Elsa Dorlin, Black Feminism. Une anthologie du féminisme africain-américain 1975-2000


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

Apropos d’Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes. Cours croisés, pensées parallèles

A propos de Les cours de Gilles Deleuze en ligne (http://www.univ-paris8.fr/deleuze), François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée, et Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903 -

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

A propos de Jacques Bouveresse, La Connaissance de l'écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie, Tzvetan Todorov, La Littérature en péril, Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes, Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

A propos de Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature (trad. Etienne Dobenesque)


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos d’Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68, Serge Audier, La Pensée anti-68, Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective et Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

A propos de Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

A propos de Jean-Loup Amselle, L'Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

A propos de Gil Anidjar, Semites: Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de David Harvey, Géographie de la domination


Jérôme Vidal - Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme : une présentation critique


Artistes invités dans ce numéro -

Terry Castle, Yuki Onodera, Daniel J. Gerstle.


Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais (Anthologie établie et préfacée par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan)(trad. Laurence Allard, Pierre-Armand Canal, Marie-Hélène Dumas, Delphine Gardey,Charlotte Gould, Nathalie Magnan et Denis Petit)


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure : hasard et sociologie


Michael Hardt - La violence du capital

A propos de Naomi Klein, The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism


Giorgio Agamben - Le gouvernement de l'insécurité

Entretien avec Andrea Cortellessa


Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

A propos de John H. Elliott, Empires of the Atlantic World: Britain and Spain in America 1492-1830 et de Imperios del mundo atlántico. España y Gran Bretaña en América, 1492-1830


Antonio de Almeida Mendes - A bord des Négriers

A propos de Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

A propos de Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière : les chaînes de montage chez Peugeot 1972-2003


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

A propos de Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe. Pour une sociologie de la philosophie dans la France contemporaine


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

A propos de Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura: La Espana Inquisitorial Y La Alemania Nazi Cara a Cara


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

A propos de Alessandro Piperno, Proust antijuif (trad. Fanchita Gonzales Batlle)


Artistes invités dans ce numéro -

Claude Cahun, Georges Rousse et Marion Franzini


Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

A propos de George L. Mosse, Zeev Sternhell et Emilio Gentile


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

A propos de John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir (trad. Sylvie Bosserelle) et de Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Entretien avec Elke Wagner


Slavoj Žižek - La colère, le ressentiment et l’acte

A propos de Peter Sloterdijk, Colère et Temps. Essai politico-psychologique (trad. Olivier Manonni)


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

À propos de Claude Lefort, Le Temps présent – Écrits 1945-2005


Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

A propos de Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

A propos de Xavier Bébin, Pourquoi punir ? L’approche utilitariste de la sanction pénale


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

A propos de Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro -

Florence Reymond, Lynne Cohen et Charles-Alexandre Lesueur.


Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale (trad. Christine Vivier), et de François Denord, Néo-libéralisme version française


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant, de Comité invisible, L’Insurrection qui vient, et de David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de Sonia Shah, Cobayes humains. Le Grand Secret des essais pharmaceutiques (trad. Pierre Saint-Jean)


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels en France


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de Stanley Fish, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives (trad. Etienne Dobenesque)


Artistes invités dans ce numéro -

Fred Hultstrand, L'Affiche, revue murale de poésie, et Anne Nordmann.


Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de Jack Goody, The Theft of History


Editorial - Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation (trad. Françoise Bouillot)


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée (trad. Marc Saint-Upéry)


Thierry Labica - Le grand récit de la postmodernité

à propos de Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif (trad. Florence Nevrolty) et Fredric Jameson, La Totalité comme complot (trad. Nicolas Vieillescazes)


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de Michael Scott Christofferson : French Intellectuals Against the Left.


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro -

Yann Delacour, Estelle Contamin, Mathieu Pernot