En se donnant pour but la fin de l’exploitation du travail par le capital, les marxistes traditionnels ont négligé le fait que Marx va bien au-delà : c’est en effet le travail lui-même qui fait l’objet de sa critique, ou plutôt la place centrale qu’il occupe dans la société capitaliste, et depuis laquelle il régit tous les rapports sociaux. Une telle perspective, approfondie par Moishe Postone dans Temps, travail et domination sociale, ouvre de nouveaux horizons de lutte et de réflexion.
En prenant pour mot d’ordre l’affranchissement du travail, la sortie de l’exploitation, les marxistes traditionnels ont négligé le fait que Marx mène une critique non seulement de l’exploitation capitaliste, mais du travail lui-même, tel qu’il existe dans la société capitaliste. Dès lors, il s’agit non pas de remettre au centre le travail, mais au contraire de critiquer la place centrale prise par le travail dans ce système, où il régit tous les rapports sociaux. C’est là l’objet de la relecture de Marx opérée dans
Temps, travail et domination sociale par Moishe Postone.
Il est parfois d’heureuses coïncidences dans l’édition. Ainsi, ce printemps, la collection Mille et une nuits (Fayard) a publié la traduction française de
Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marxde Moishe Postone, publié aux États-Unis en 1993, tandis que les éditions Syllepse ont republié les
Essais sur la théorie de la valeur de Marx d’Isaac I. Roubine, dont l’édition russe remonte à 1924 et l’édition française précédente (chez Maspero, et épuisée depuis très longtemps) à 1978. Ainsi, le public francophone a tout d’un coup à sa disposition deux des jalons les plus importants – on pourrait presque même dire le point de départ et le point d’arrivée provisoire – d’une [...]
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