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Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude
à propos de Ivan Segré, Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ? et de La Réaction philosémite
Par Daniel Bensaïd
Faut-il vraiment rapprocher le 11 septembre d’Auschwitz? Peut-on être juif sans être sioniste? À ces questions brûlantes, Ivan Segré apporte des réponses différentes de celles que défendent les tenants de la «réaction philosémite». Il redevient dès lors possible de saisir la singularité de l’histoire juive, contre sa dissolution dans une apologie militante de «l’Occident».

Les éditions Lignes ont publié en mai, en deux volumes, des extraits remaniés d’une thèse soutenue à l’université Paris 8 par Ivan Segré sous le titre «La réaction philosémite européenne à l’épreuve de l’histoire juive». Cette parution a été accueillie par un silence guère surprenant, auquel s’est ajoutée une rumeur insidieuse selon laquelle Ivan Segré ne serait que le prête-nom ou le faux-nez d’un philosophe controversé, Alain Badiou. Pourtant, Ivan Segré existe. Je l’ai rencontré, j’ai été son directeur de thèse. Dans l’envoi du premier volume, il me remercie de «l’asile institutionnel» que je lui aurais accordé «au regard des vicissitudes qui ont scandé [s]on travail de recherche, de l’indifférence et de l’hostilité rencontrées». Notre premier contact fut toutefois de surprise et de circonspection réciproques. Le chemin de la soutenance et du doctorat fut ensuite un véritable parcours du combattant, semé de tracasseries bureaucratiques sans doute inspirées par la crainte du scandale: une thèse soutenue devant un jury présidé par Alain Badiou, composé de Charles Alunni, Michaël Löwy, et moi-même, assistés de René Lévy, directeur de l’Institut d’études lévinassienne, cela sentait sans doute le souffre. Ce fut pourtant un beau moment de controverse philosophique devant une assistance passionnée où dominaient les têtes coiffées de kippas. Un beau moment d’humour juif aussi, dont, à la différence d’Ivan Segré qui en est généreusement doté, le tourmenté Finkielkraut ou l’austère Milner semblent fort dépourvus.

Pourquoi, et aux yeux de qui, la thèse d’Ivan Segré peut-elle faire scandale? Le premier volume publié reprend une discussion sur les interprétations d’Auschwitz dans le sillage de la pensée de Lacoue-Labarthe. Le second développe une critique serrée du discours philosémite européen aboutissant à dissoudre la singularité de l’histoire juive dans une apologie militante de l’Occident (qui, rappelle l’auteur, fut, il n’y a pas si longtemps, le nom d’une organisation d’extrême-droite). À lire le petit livre d’Yitzhak Laor, critique au grand journal israélien Haaretz, ce thème semble au demeurant moins tabou en Israël, où Ivan Segré lui-même se consacre désormais aux études juives et à Maïmonide, qu’il ne l’est aux yeux d’un certain establishement universitaire français1.

Ce qui fait la force tranquille et souriante de sa thèse, c’est la rigueur logique de sa lecture des textes, que j’imagine être celle d’un yeshiviste studieux. Comme l’écrit Alain Badiou dans sa préface, il «travaille presque toujours à l’échelle de la phrase», se contentant de «laisser parler les phrases avec un toucher doux, en même temps qu’une inflexibilité toute particulière de la pensée».

Déterminations du crime nazi

Le premier volume prolonge l’effort de Lacoue-Labarthe pour penser le nazisme au lieu d’en proclamer l’irréductibilité à toute pensée. Il s’agit notamment de dépasser l’interrogation quant à savoir si le crime nazi est déterminé par sa fin (l’anéantissement des Juifs) ou par ses moyens techniques (les chambres à gaz), une alternative problématique, comme le mettent en évidence les très rares références de Heidegger aux chambres à gaz. Avant la publication tardive de sa quatrième conférence de Brême en 1949, en effet, une seule de phrase de lui faisait mention «des chambres à gaz et des camps d’anéantissement». Cette publication a depuis mis au jour une seconde occurrence «des camps d’anéantissement» où Heidegger retient exclusivement de cette extermination que son caractère industriel prive «ces milliers qui meurent en masse» du sens de leur propre mort: «Meurent-ils?» [«Sterben sie?»]. Ou périssent-ils seulement, de même, ajoute-t-il en relativisant le crime, que «des millions de Chinois périssent aujourd’hui de faim en Chine».

Dans son livre de 1987, La Fiction politique, Lacoue-Labarthe reproduisait le seul passage de la conférence alors connu: «L’agriculture est maintenant une industrie alimentaire motorisée, quant à son essence la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d’extermination, la même chose que la réduction de pays à la famine, la même chose que la bombe à hydrogène.». Il la jugeait «absolument juste» quant au rapport entre la technique et l’extermination de masse, mais «scandaleuse et piteusement insuffisante», en ce qu’elle réduit la détermination du crime à son moyen et omet que cette extermination fut «essentiellement» (non exclusivement) celle des Juifs. Cela fait «une différence incommensurable» avec les dégâts de l’agriculture motorisée. Selon Heidegger, l’utilisation massive des chambres à gaz comme procédé de mise à mort aurait donc seulement exigé de «penser le nazisme dans les termes spéculatifs d’une réflexion sur la technique2».

Pour Segré comme pour Lacoue-Labarthe, la question est donc de savoir «en quoi la proportion des victimes juives d’Auschwitz (plus de neuf sur dix) relève de l’observation empirique, et en tant que telle contingente, alors que le fait qu’elles furent assassinées dans des chambres à gaz relève d’une détermination essentielle, en d’autres termes saisit la nature propre et singulière du crime nazi pour la pensée». La réponse de Lacoue-Labarthe est que Heidegger a manqué, sous le nom d’Auschwitz, «l’événement», la «dimension historiale», qui «fait la différence entre l’extermination[qui fut «pour l’essentiel» celle des Juifs]et n’importe quel autre phénomène technique». Ce manquement à l’essentiel et à la pensée interdit de voir «l’événement, l’Extermination», comme la «terrible révélation de son essence à l’égard de l’Occident»3.

Souligner la singularité du crime nazi comme crime occidental ou européen en ce qu’il applique une technique de massacre industrielle essentiellement à l’anéantissement des Juifs interdit de la dissoudre dans les généralités sur les droits de l’homme ou sur le crime contre l’humanité. Cela interdit surtout de célébrer le génocide à la manière d’un Finkielkraut, pour qui «l’Amérique démocratique et l’Europe démocratique ressourcent leurs principes communs dans la commémoration de la Shoah4». Son apologie des valeurs occidentales l’a ainsi conduit, dans son fameux entretien au quotidien Haaretz sur les révoltes des banlieues en 2005, à réhabiliter «le projet colonial» qui «se proposait d’apporter la culture et l’éducation aux sauvages» et à prétendre que, par rapport au mal que la France a pu faire aux Juifs sous Vichy, ce pays n’a fait «que du bien aux Africains5!»

Leçon de dialectique

Dans le troisième chapitre, Ivan Segré montre comment les polémiques biaisées d’Alain Finkielkraut et d’Éric Marty contre le philosophe Alain Badiou relèvent précisément de cette absorption de l’histoire juive singulière dans le grand récit de l’odyssée civilisatrice occidentale, en parfait accord avec l’européanisation du Juif face à l’Orient arabe dont était porteur le projet sioniste initial de Herzl. Ce que reproche Finkielkraut à l’universalisme égalitaire de Badiou et à sa référence à l’Épître paulinien aux Galates – «Il n’y a plus ni Juifs, ni Grecs…» –, c’est de «se refuser à considérer la langue, le territoire, ou la mémoire comme des contraintes de l’organisation politique6». Pour Finkielkraut, commente Ivan Segré, il y a donc bien une continuité idéologique, de l’antidreyfusisme d’un Jules Guesde au nom de la pureté de la lutte des classes à la «logique négationniste» de Badiou, en passant par Rassinier ou Garaudy: en rapprochant les politiques républicaines de l’immigration ou l’institution d’un ministère de l’Identité nationale à une pétainisation rampante de l’État, Badiou rejetterait ces fameuses «contraintes de la langue et du territoire», et pourquoi pas de la terre et des morts.

À quoi, dans un passage de son introduction à Portée du mot juif7,délibérément ignoré de ses détracteurs, Badiou répondait préventivement en montrant comment l’école socialiste de Jules Guesde, considérant la lutte contre l’antisémitisme comme une diversion au nom de la «contradiction principale entre bourgeois et prolétaires», n’était pas sans rapport avec le déni d’internationalisme et le ralliement, au nom des «contraintes de la langue et du territoire», à l’union sacrée qui «organisait la boucherie militaire». D’où cette opportune leçon de dialectique: «Dialectique pour dialectique, on se souviendra qu’un traitement correct de la contradiction principale consiste le plus souvent à prendre publiquement la direction du traitement d’une contradiction secondaire.» Ainsi, aujourd’hui, «certains sont visiblement tentés, au nom de la contradiction principale entre le Sud et le Nord, ou entre les peuples arabes et l’impérialisme américain, à trouver toutes sortes d’excuses à la transformation de l’opposition légitime aux agissements de l’État israélien en antisémitisme franc et ouvert, lequel n’est pas supportable8».

Le «juif d’étude» et le philosophe

Dans l’épilogue consacré au «retour du nom juif», Ivan Segré récapitule: «Parvenu au terme de cet ouvrage, consacré d’abord à la thèse de Lacoue-Labarthe, puis au concept de «solution finale», ensuite à un psychanalyste[Daniel Sibony]soucieux d’identifier Auschwitz aux attentats du 11septembre 2001 et les agresseurs antijuifs en France à des Maghrébins, enfin à un courant de pensée réactionnaire soucieux d’identifier une politique égalitaire et un négationnisme, il importe de dire quelques mots du «nom juif» en tant que ce nom, plus que tout autre, paraît devoir opposer, tout au moins sur la scène intellectuelle française, le philosophe et l’antiphilosophe9», représentés en la circonstance par Alain Badiou et Jean-Claude Milner.

Pour ce dernier, «le seul véritable événement du XXe siècle, c’est le retour du nom juif avec son corollaire: la disparition du nom ouvrier10». Le philosophe est à ses yeux celui qui le nie «tout haut», s’engageant ainsi dans un déni, en exaltant le nom ouvrier ou ouvrier immigré. Badiou constate lui aussi le retour du nom juif, mais pour en souligner le mode singulier, celui de son étatisation et de sa sacralisation sous la forme d’une essentialisation identitaire. D’où sa position de philosophe à l’égard d’un «État qui se dit juif»: ce nom juif n’a de sens aujourd’hui, «dans la continuité même qui en fait la renaissance sacrée après la seconde guerre mondiale qu’à se désimpliquer radicalement de l’État d’Israël11».

Ce que Milner reproche au philosophe Badiou, résume Segré, c’est, en maintenant le nom ouvrier, c’est-à-dire l’hypothèse communiste, de maintenir par là même, «en guise de nom juif, le Juif révolutionnaire qui n’est autre que l’ultime figure du Juif de savoir, né précisément de la décision de cesser d’être juif», dès lors que «le savoir vient occuper la place de l’étude pour la détruire12». Pour Milner, il fallait donc que le nom d’ouvrier disparaisse (ce qu’accomplit symboliquement l’autodissolution de la Gauche prolétarienne) pour que réapparaisse le nom juif. Grossissant démesurément cette péripétie post soixante-huitarde, il va jusqu’à affirmer qu’on «assistait alors à l’un des derniers épisodes d’une longue lutte: celle qu’en Europe les porteurs du nom juif ont menée contre leur propre nom». Les Juifs internationalistes des brigades internationales (dont la brigade Botwin) ou de l’Affiche rouge, qui n’eurent pas à renier leur nom pour s’engager dans une cause universelle, apprécieraient.

Ivan Segré récuse vigoureusement dans son épilogue l’opposition milnerienne entre Juif de savoir et Juif d’étude, donnant lui-même la preuve vivante de leur compatibilité. Le savoir, «en tant qu’il relève de ce que le judaïsme espagnol a nommé leshekel, l’intellect, est homogène à l’étude»: «Autrement dit, le savoir, c’est casher13»! La question est donc, pour lui, la suivante: deMaïmonide à Spinoza ou à Marx, que s’est-il passé pour que le Juif «conçoive à présent le savoir comme ce qui vient occuper la place de l’étude pour la détruire, plutôt que comme l’expérience d’une confrontation avec l’univers intellectuel de la science et de la philosophie»? Et de conclure: «On mesure chez un juif son intelligence des enseignements des maîtres de la tradition d’Israël à ceci qu’il ne craint rien qui puisse venir du travail de l’intellect, qu’il ne craint rien qui mérite le nom de savoir, qui mérite le nom de pensée. Si l’étude juive est inintelligente, ignorante, obscure, alors le moindre savoir la détruit, qu’il s’agisse de géométrie, de révolution, ou bien d’archéologie, de critique biblique ou d’astronomie14.» De ce courage de pensée, le second volume fournit une probante démonstration.

D’un triplet l’autre

Dès l’introduction de sa thèse, Ivan Segré en explicitait le projet. Il s’agissait de «vérifier en la soumettant à une procédure expérimentale de validation le bien-fondé d’une hypothèse», celle d’Alain Badiou, selon laquelle la promotion par la réaction philosémite du triplet Shoah-Israël-Tradition masque en réalité la promotion d’un triplet de substitution – Démocratie-États-Unis-Modernité – qui engloutit la singularité de l’histoire et du nom juifs. Au terme d’une «procédure expérimentale» méthodiquement conduite, le résultat est accablant pour les intellectuels français «communautaires» (Ivan Segré n’utilise à leur propos le terme qu’entre guillemets, pour en souligner le caractère paradoxal): «Examiner le discours de l’intellectuel dit «communautaire», c’est donc prendre connaissance de ce que la pensée la pus réactionnaire aujourd’hui autorise, parfois recommande, le plus souvent exige, en termes de «défense du sionisme» ou de «lutte contre l’antisémitisme». Et s’en moquer15.»

S’en moquer, tout au long de sa joyeuse expérimentation textuelle, Ivan Segré ne s’en prive pas. Convaincu qu’après le génocide, il doit pouvoir exister un territoire où les Juifs soient majoritaires (principe dont nous n’envisagerons pas ici les conséquences problématiques), il commence par distinguer un «sionisme orthodoxe» – en l’occurrence celui de Raphaël Draï – pour qui l’alliance Israël/États-Unis (ou Occident) ne relèverait pas d’une identité culturelle ou idéologique, mais simplement de circonstances géopolitiques variables. De sorte que divers pays pourraient occuper la fonction de puissance impériale ou de premier terme de l’alliance avec Israël. Se placer «sous le signe de Sion» (Draï), et affirmer qu’Israël est irréductible à l’Occident, permettraient alors de ressaisir la singularité d’une histoire juive partagée entre Orient et Occident.

Cette position, qualifiée d’orthodoxe16, sert de point de repère à Ivan Segré pour repérer les écarts et les déplacements opérés dans les discours philosémites de Shmuel Trigano, Alexandre Adler, Alain Finkielkraut ou André Kaspi. Pour le premier, le soutien indéfectible des États-Unis à l’ONU fait d’eux «les véritables phares de la liberté dans le monde». Dès lors, l’alliance israélo-américaine ne relève plus, comme chez Draï, d’une analyse empirique ou pragmatique, mais d’une «prédisposition culturelle et idéologique» et «d’une nécessité purement idéaliste, religieuse ou biblique»: «Si n’était le roc américain, la solitude d’Israël serait quasi totale, au bord du gouffre17.»

Flirtant avec une intégration organique d’Israël à l’Occident impérial, Alexandre Adler introduit, quant à lui, le concept d’«alliance totale», écrivant sur le ton visionnaire qu’il affectionne: «L’une des frontières de l’Amérique se situera bientôt sur le Jourdain, mais ce sera une frontière électronique, cybernétique, balistique, laissant aux gardes-frontières juifs et druzes le soin de faire la police au sol face à un État palestinien qui, étroitement lié aux forces nationalistes et sunnites les plus résolues fera toujours partie du problème et non de la solution au Moyen-Orient18.» L’indépendance nationale juive consisterait ainsi, ironise Segré, à fournir à la démocratie américaine, en plus des «forces spéciales israéliennes combattant sous uniforme américain», des gardes frontières juifs qui, semble-t-il et jusqu’à nouvel ordre, pourraient, étant donné la «bienveillance de ce mandat américain sur la Palestine», servir sous uniforme israélien.

Allant au bout de sa logique, Adler va jusqu’à proclamer tout haut «ce que tout le monde sait» (sic!). À savoir que «la capitale du monde juif aujourd’hui n’est ni Jérusalem, qui reste une ville enserrée dans le monde arabe immédiatement dans ses murs, ni même TelAviv qui représente presque une étape intermédiaire, mais bien NewYork19.» Finkielkraut n’a plus qu’à ajouter que les États-Unis sont «l’image inversée» d’Auschwitz, car «il n’y a pas de distinction possible dans cette patrie sans Ancien Régime entre le régime politique et la patrie: l’identité s’incarne dans la statue de la Liberté». On comprend la sereine irritation d’un Ivan Segré, tenant d’une histoire et d’une identité culturelle juives, devant leur dissolution sans reste dans le triplet Démocratie-États-Unis-Modernité.

Mise à l’épreuve de la rhétorique philosémite

Un long chapitre, presque un livre à lui seul, est consacré à la «sociologie ethno-culturelle» d’Emmanuel Brenner (alias Georges Bensoussan) mise en oeuvre dans le livre enquête sur Les Territoires perdus de la Républiquequi connut un certain succès lors de sa publication en 200220. La fécondité de la «manière démonstrative» (ou de la «mise à l’épreuve») de Segré, conjuguant manière socratique et manière talmudique, y fait merveille. Les témoignages sélectifs utilisés par Brenner y sont démontés par la mise en évidence humoristique de la logique littérale des textes, et le dévoilement des effets de montage, des lourds présupposés idéologiques, et du grotesque de leur logique formelle. Conclusion de ce divertissant jeu de massacre: «La sociologie ethno-culturelle d’Emmanuel Brenner ne présente aucune valeur explicative quant à l’analyse de l’antisémitisme, du racisme et du sexisme en milieu scolaire, mais il confère au préjugé xénophobe une apparence savante, à l’image de ces médecins de Molière habillant de mots latins leur ignorance têtue et leurs pulsions mortifères

De même, dans le chapitre titré en référence à l’Anti-Dühring «L’anti-Taguieff: Pierre-André Taguieff bouleverse la science», Ivan Segré démonte l’identification éloquente entre antisémitisme et anti-américanisme, devenue un lieu commun, de Taguieff à Bernard-Henri Lévy, en passant par André Kaspi. Alors qu’Annie Kriegel posait que «l’antisionisme est au communisme ce que l’antisémitisme fut au nazisme», Taguieff propose de corriger sa formule en déclarant que «l’antisionisme criminalisant et l’anti-américanisme diabolisant sont au néocommunisme et au néogauchisme ce que l’antisémitisme rédempteur fut au nazisme». L’anti-américanisme devenant ainsi un avatar de l’antisémitisme, la boucle de l’assimilation est bouclée, et le tour de passe-passe, substituant le triplet occidental au triplet Shoah-Israël-Tradition, accompli. Ajoutons qu’il faut pour cela identifier l’intégralité de la diaspora juive à l’État d’Israël, et l’État d’Israël aux États-Unis, quitte à confirmer paradoxalement la thèse selon laquelle cet État est un fer de lance de la colonisation impériale. Il en résulte une redoutable conséquence, assumée sans complexe par Adler: «Dans les temps difficiles que nous traversons, ceux qui, au sein de la communauté juive proclament leur antisionisme prennent le risque de rompre de manière définitive le lien les unissant aux autres Juifs de la diaspora. Autrement dit, il devient de plus en plus inenvisageable de concevoir une identité juive qui ne comporterait pas une composante sioniste forte21.» Autrement dit encore, il devient impossible de proclamer son antisionisme sans risquer de rompre avec quelque forme d’identité juive. C’est très exactement ce qu’entendent les porte-parole communautaires lorsqu’ils prétendent parler au nom de tous les Juifs lorsqu’ils soutiennent les exactions de l’État juif.

Ultime mise à l’épreuve des intellectuels «communautaires», Segré les soumet au test impitoyable de l’accueil chaleureux, voire enthousiaste, que la plupart d’entre eux (à l’exception notoire de Bernard-Henri Lévy) ont réservé aux livres infâmes, ouvertement racistes et islamophobes, d’Oriana Fallaci, La Rage et l’Orgueil et La Force de la raison. Pierre-André Taguieff: la journaliste «vise juste même si elle peut choquer par certaines formules» (comme celle imputant aux musulmans la tendance à «se multiplier comme des rats»?) Finkielkraut, lui, regrette explicitement cette formule animalisante, mais c’est seulement parce que sa maladresse «permet au mensonge vertueux de reprendre la main et de critiquer comme raciste toute critique de l’Islam». C’est d’autant plus regrettable, écrit-il, qu’il «y a une vérité dans son exagération» et que lui-même s’est senti «saisi, même captivé par l’emportement du style et la force de la pensée»! La palme à Robert Misrahi: «Oriana Fallaci est non seulement une authentique femme libre, athée et progressiste, indépendante et courageuse, mais elle est aussi un véritable écrivain. Si son écriture est à la fois à la première personne et soucieuse d’universel, elle est dynamique et syncopée, violente dans la forme et inspirée dans le fond par un amour brûlant, celui de la vérité au service de la vie libre22.»

L’histoire juive selon Segré

Dans un dialogue avec Benny Lévy, Sartre déclarait en 1980 que «la philosophie de l’histoire n’est pas la même s’il y a une histoire juive ou s’il n’y en a pas». Pour Ivan Segré, la réponse ne fait pas de doute. Sa démonstration convaincante aboutit pourtant à une alliance, à première vue paradoxale, face à la clique des rhéteurs «communautaires», avec le philosophe Alain Badiou, sans que le premier ne cède pour autant un pouce sur l’irréductible singularité universalisable de l’histoire juive, ni le second sur son universalisme radical paulinien. Un dialogue raisonné est donc, non seulement possible, mais fécond entre le philosophe et le juif d’étude, à condition de préciser de quel type d’étude il s’agit.

Interpellé lors de sa soutenance sur ce qu’il entend au juste par «histoire juive» et sur le fait que sa singularité puisse reconduire au mythe fondateur de l’élection originelle, sa réponse fut que l’histoire juive n’est autre que l’histoire de l’oralité juive; soit, dit avec le sourire, «l’histoire des histoires juives». Surprenante réponse, de la part d’un studieux rejeton du peuple du Livre, radicalement historique, aux antipodes de l’assertion lévinassienne selon lesquelles «le Juif est déjà arrivé» car «rien ne lui arrive du dehors», ou de la proclamation radicale de Benny Lévy: «Pas d’histoire! Tout est là depuis le début. Le Retour seul suffit23.» La référence déconcertante à l’oralité constitutive de l’histoire juive s’éclaire à la lecture de l’épilogue de La Réaction philosémite, où Ivan Segré s’explique: «La dé-légitimation de l’oralité est un originaire. Historiquement, elle se manifeste sous la forme d’une secte biblique, les Sadducéens, qui défendent une approche littéraliste de la loi de Moïse et récusent la tradition orale juive des rabbins d’Israël, pour qui la loi de Moïse est faite de jour et de nuit, d’une réception orale, tout comme l’être humain est né d’un homme et d’une femme24.» En réhabilitant la tradition orale, il complète ainsi la thèse de la compatibilité entre l’étude et le savoir qui conclut Qu’appelle-t-on penser Auschwitz?, qui est aussi celle de la compatibilité entre le juif d’étude et le philosophe.

Dans un clin d’oeil complice, avant de conclure par une dernière histoire juive, Ivan Segré cite mes Fragments mécréants25: «Qui conjugue le fragment singulier avec la forme du tout: c’est peut-être ça l’internationalisme.» Et il reprend la balle au bond: «Peut-être l’histoire juive n’est-elle rien d’autre.» Encore faudrait-il, pour tester la validité de ce rien d’autre, mettre cette histoire juive elle-même à l’épreuve de l’histoire palestinienne, qui reste la grande absente de sa superbe thèse à scandale.
Daniel Bensaïd
Daniel Bensaïd est philosophe et professeur à l'université de Paris-VIII. Il est notamment l’auteur de Penser Agir, de Les Dépossédés ; et de Éloge de la politique profane.
Pour citer cet article : Daniel Bensaïd , Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude, in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 15/11/2009, url:http:www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=480
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Rili, Numéro 14, novembre-décembre 2009

Numéro 14

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Charlotte Nordmann et Jérôme Vidal - J’ai vu « l’Esprit du monde », non pas sur un cheval, mais sur un nuage radioactif : il avait le visage d’Anne Lauvergeon1 (à la veille du sommet de l’ONU sur les changements climatiques)

Bernard Laponche - Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »

Entretien avec Charlotte Nordmann


Jerôme Ceccaldi - Quelle école voulons-nous?

à propos de Christian Baudelot et Roger Establet, L’Élitisme républicain. L’École française à l’épreuve des comparaisons internationales ; et de Charlotte Nordmann, La Fabrique de l’impuissance 2. L’École entre domination et émancipation


Yves Citton - Beautés et vertus du faitichisme

à propos de Bruno Latour, Sur le culte moderne des dieux faitiches, suivi de Iconoclash ; de Louis Sébastien Mercier, Néologie ; et de la revue Féeries (n°6), « Le conte, les savoirs »


Marie Cuillerai - Le tiers-espace, une pensée de l’émancipation

à propos de Homi K. Bhabha, Les Lieux de la culture. Une théorie postcoloniale


Tiphaine Samoyault - Traduire pour ne pas comparer

à propos de Homi K. Bhabha, Les Lieux de la culture. Une théorie postcoloniale ; et de Homi K. Bhabha (dir.), Nation and Narration


Sylvie Thénault - Les pieds-rouges, « gogos » de l’indépendance de l’Algérie ?

à propos de Catherine Simon, Algérie, les années pieds-rouges. Des rêves de l’indépendance au désenchantement (1962-1969)


Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

à propos de Arno Münster, Adorno. Une introduction


Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

à propos de Ivan Segré, Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ? et de La Réaction philosémite


Jérôme Vidal - Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

à propos de Walter Benn Michaels, La Diversité contre l’égalité


Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

à propos de Christian Prigent et Bénédicte Gorrillot, Christian Prigent, quatre temps


Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

à propos de Robert Browning, L’Anneau et le livre


David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

à propos de Frédéric Worms et Jean-Jacques Wunenburger (dir.), Bachelard, Bergson : Continuité et discontinuité et de Frédéric Worms, La Philosophie en France au xxe siècle : Moments


Studs Terkel - Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

Daniel Bensaïd - La traversée des décombres

à propos de Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

à propos de Joan Tronto, Un monde vulnérable. Pour une politique du care et de Collectif, Multitudes, n° 37-38


Studs Terkel - Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

à propos de Julie Duchatel et Florian Rochat (dir.), Produire de la richesse autrement. Usines récupérées, coopératives, micro-finance... les révolutions silencieuses et de Jenna Allard, Carl Davidson et Julie Matthaei (dir.), Solidarity Economy: Building Alternatives for People and Planet. Papers and Reports from the 2007 US Social Forum


Charlotte Nordmann - Écologie, écologie : l’écologie existe-t-elle ?

à propos d’André Gorz, Ecologica


Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale. Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, et d’Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


Iconographie - L'histoire du Quilt

The Names Project Foundation - The Quilt Aids Memorial


Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

entretien avec Jérôme Game


Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de Michael Lucey, Les Ratés de la famille. Balzac et les formes sociales de la sexualité


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste : vers une politique démocratique radicale


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux » L'onde de choc de la crise dans la théorie économique. Entretien avec Yves Citton

à propos de George A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits. How Human Psychology Drives the Economy, and Why it Matters for Global Capitalism


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux » Réanimer les esprits plutôt que relancer l'économie

à propos de George A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits. How Human Psychology Drives the Economy, and Why it Matters for Global Capitalism et de John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie


Pierre Macherey - Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de : Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki  - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset  - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de Christopher Newfield, Unmaking the Public University, de Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs, et de Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Entretien avec Bernard Paulré, Sophie Poirot-Delpech et Kamel Tafer


Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres,Cours au Collège de France, 1984


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de : Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991), trad. P.-E. Dauzat, André Versaille éditeur et Le Monde diplomatique, 2008.


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de : Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de l'oeuvre de Donna Haraway


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de Walter Lippmann, Le Public fantôme ; et de Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

entretien avec Alfredo Gomez-Müller et Gabriel Rockhill


Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de : Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de : Jérôme Vidal, «Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA», RiLi n°9


Iconographie (légende) -

éditorial - La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

à propos de Anne-Marie Mercier-Faivre et Chantal Thomas, L’Invention de la catastrophe au xviii e siècle.Du châtiment divin au désastre naturel, Christopher L. Miller, The French Atlantic Triangle. Literature and Culture of the Slave Trade, Frédéric Neyrat, Biopolitique des catastrophes, René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophismes. Administration du désastre et soumission durable et de François Walter, Catastrophes. Une histoire culturelle xvie-xxie siècle


Marielle Macé - La critique est un sport de combat

à propos de Pascale Casanova, La République mondiale des Lettres


Cornel West - Un prisonnier de l’espoir dans la nuit de l’empire américain

entretien avec Gabriel Rockhill


David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

à propos de Jann-Marc Rouillan, Chroniques carcérales (2004-2007)


Sandro Mezzadra - Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

à propos de Daniel Bensaïd, éloge de la politique profane et de Penser Agir


Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

À propos de Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux, Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine, Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Marc Saint-Upéry - Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

à propos de Quentin Meillassoux, Après la finitude. Essai sur la nécessité de la contingence


Grégory Hosteins - L’anthropologie sauvage

à propos de Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Marshal Sahlins, La Découverte du vrai sauvage et autres essais et de Lucienne Strivay, Enfants sauvages. Approches anthropologiques


Iconographie - Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Tour d’horizon de la bande dessinée indépendante


Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

entretien avec Yann Moulier Boutang et Jérôme Vidal


Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

Jan-Frederik Abbeloos - La Chine, dernière chance du capitalisme ?

à propos de Giovanni Arrighi, Adam Smith in Beijing. Lineages of the Twenty-first Century


André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de: L’Avénement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche » -

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de l’oeuvre de Marcel Gauchet


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Collectif - Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Financiarisation et crise des subprimes: cartographie des parutions récentes


Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Entretien réalisé par Raúl Dellatorre


Penser le contemporain (1): Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos d’Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

A propos de Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Kristin Ross, Nicolas Hatzfeld, Antoine Artous... - Mai 68 : le débat continue

A propos de l'article de Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

A propos de Xavier Vigna, L’insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

A propos de Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Maxime Cervulle - Où sont les folles ?

A propos de Jean-Yves Le Talec, Folles de France. Repenser l’homosexualité masculine


Elvan Zabunyan - La conscience féministe noire, ou la radicalité d’une pensée contemporaine

A propos d’Elsa Dorlin, Black Feminism. Une anthologie du féminisme africain-américain 1975-2000


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

Apropos d’Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes. Cours croisés, pensées parallèles

A propos de Les cours de Gilles Deleuze en ligne (http://www.univ-paris8.fr/deleuze), François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée, et Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903 -

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

A propos de Jacques Bouveresse, La Connaissance de l'écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie, Tzvetan Todorov, La Littérature en péril, Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes, Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

A propos de Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature (trad. Etienne Dobenesque)


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos d’Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68, Serge Audier, La Pensée anti-68, Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective et Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

A propos de Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

A propos de Jean-Loup Amselle, L'Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

A propos de Gil Anidjar, Semites: Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de David Harvey, Géographie de la domination


Jérôme Vidal - Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme : une présentation critique


Artistes invités dans ce numéro -

Terry Castle, Yuki Onodera, Daniel J. Gerstle.


Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais (Anthologie établie et préfacée par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan)(trad. Laurence Allard, Pierre-Armand Canal, Marie-Hélène Dumas, Delphine Gardey,Charlotte Gould, Nathalie Magnan et Denis Petit)


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure : hasard et sociologie


Michael Hardt - La violence du capital

A propos de Naomi Klein, The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism


Giorgio Agamben - Le gouvernement de l'insécurité

Entretien avec Andrea Cortellessa


Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

A propos de John H. Elliott, Empires of the Atlantic World: Britain and Spain in America 1492-1830 et de Imperios del mundo atlántico. España y Gran Bretaña en América, 1492-1830


Antonio de Almeida Mendes - A bord des Négriers

A propos de Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

A propos de Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière : les chaînes de montage chez Peugeot 1972-2003


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

A propos de Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe. Pour une sociologie de la philosophie dans la France contemporaine


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

A propos de Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura: La Espana Inquisitorial Y La Alemania Nazi Cara a Cara


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

A propos de Alessandro Piperno, Proust antijuif (trad. Fanchita Gonzales Batlle)


Artistes invités dans ce numéro -

Claude Cahun, Georges Rousse et Marion Franzini


Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

A propos de George L. Mosse, Zeev Sternhell et Emilio Gentile


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

A propos de John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir (trad. Sylvie Bosserelle) et de Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Entretien avec Elke Wagner


Slavoj Žižek - La colère, le ressentiment et l’acte

A propos de Peter Sloterdijk, Colère et Temps. Essai politico-psychologique (trad. Olivier Manonni)


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

À propos de Claude Lefort, Le Temps présent – Écrits 1945-2005


Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

A propos de Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

A propos de Xavier Bébin, Pourquoi punir ? L’approche utilitariste de la sanction pénale


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

A propos de Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro -

Florence Reymond, Lynne Cohen et Charles-Alexandre Lesueur.


Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale (trad. Christine Vivier), et de François Denord, Néo-libéralisme version française


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant, de Comité invisible, L’Insurrection qui vient, et de David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de Sonia Shah, Cobayes humains. Le Grand Secret des essais pharmaceutiques (trad. Pierre Saint-Jean)


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels en France


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de Stanley Fish, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives (trad. Etienne Dobenesque)


Artistes invités dans ce numéro -

Fred Hultstrand, L'Affiche, revue murale de poésie, et Anne Nordmann.


Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de Jack Goody, The Theft of History


Editorial - Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation (trad. Françoise Bouillot)


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée (trad. Marc Saint-Upéry)


Thierry Labica - Le grand récit de la postmodernité

à propos de Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif (trad. Florence Nevrolty) et Fredric Jameson, La Totalité comme complot (trad. Nicolas Vieillescazes)


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de Michael Scott Christofferson : French Intellectuals Against the Left.


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro -

Yann Delacour, Estelle Contamin, Mathieu Pernot